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Le Forrest Gump Quebecois

Le Forrest Gump Québécois

 

Le Forrest Gump québécois

 

C’est l’histoire d’un fou de course à pied qui se mit un jour en tête de relever un défi à la hauteur d’une passion devenue mode de vie. Retour sur l’aventure singulière qui a mené Joan Roch, un franco-canadien, de Percé à Montréal l’été passé. Soit un peu plus de 1 100 km parcourus en 14 jours… et en sandales. 

 

Un défi sportif et une aventure humaine. Joan Roch se souviendra longtemps de son été 2020. À regarder son visage lumineux faire presque de l’ombre au soleil levant – au sommet du mont Royal à Montréal, où a eu lieu son arrivée le matin du mercredi 19 août – on mesurait les kilomètres de bonheur emmagasinés par ce Français établi au Québec depuis plus de 20 ans. Même si son « voyage touristique » comme il l’appelle fut aussi parsemé de souffrances et de doutes. 

 

En longeant le fleuve Saint-Laurent de bout en bout, le natif de Poitiers aura trouvé un compagnon à la mesure de sa démesure. Car il fallait être un peu fou pour empiler 27 marathons entre la métropole québécoise et Percé, en Gaspésie. Soit 1 135 km parcourus en 14 jours, à raison de 70-80 kilomètres en moyenne. Et tout ça en sandales s’il vous plaît, « pour des questions de confort ». 

Courir avec des sandales ? Pas un souci pour Joan Roch ! Crédit : Joan Roch.

 

« J’avais prévu de le faire en 9 jours, mais j’ai vite compris que ça ne serait pas possible, et ça m’a affecté. J’avais l’impression que les gens allaient m’en vouloir si j’arrivais en retard », confie cet informaticien qui a fait de la course à pied un véritable mode de vie. Il faut préciser que ce périple hors norme a été imposé par la pandémie liée au coronavirus. « J’avais au départ prévu trois courses de plus de 300 km dans l’Ouest américain. Quand les frontières se sont fermées, j’ai dû me rabattre sur un défi à la hauteur de l’objectif que je m’étais fixé. » Et il se trouve que le Québec avait justement ça en réserve…

 

Grosse frayeur à Rimouski

 

Parti sans équipe et sans organisation, avec juste un sac à dos et une grosse motivation, Joan s’est vite heurté à la dure réalité du terrain, à ce relief gaspésien en guise de hors-d’œuvre qu’il a encaissé comme un marathonien confronté au fameux mur. « Je m’étais mal informé. Il faut dire que c’était la première fois que j’allais en Gaspésie. » Outre les montées assassines, il a aussi fallu composer avec une météo de braise. Joan a dû affronter des épisodes de canicule qui ont brûlé son épiderme. « J’avais l’impression de courir dans un four, c’était horrible ! Dès le 2e jour, j’ai été à la limite de l’insolation. J’étais tellement en surchauffe que j’ai dû aller me refroidir dans un lac. » Il n’avait pas prévu non plus de se retrouver à l’hôpital, avec la possibilité de devoir tout arrêter. C’est pourtant ce qui est arrivé, quelques jours seulement après son départ de Percé. La ville de Rimouski, dans la région du Bas-Saint-Laurent (qui jouxte la péninsule gaspésienne) a bien failli sonner le glas de son périple gargantuesque. « Je suis passé ce jour-là par toute la gamme des émotions », confie-t-il en se remémorant cette journée de repos forcé. La faute à une bactérie qui avait fait gonfler une de ses jambes et fait craindre le pire. Contre toute attente, il pourra repartir, après avoir subi une batterie d’analyses aux urgences. « Quand le médecin m’a dit que je pouvais recourir et que j’avais juste à prendre des antibiotiques, je n’en ai pas cru mes oreilles. » 

Le carburant humain

 

Parmi les moments forts vécus par ce Forrest Gump éminemment sympathique figure la solidarité exprimée par les Québécois. « Des tas de gens se sont proposé spontanément pour m’aider ou m’héberger, d’autres ont couru à mes côtés. Il n’y a pas une journée où je me suis retrouvé seul. Je recevais aussi des centaines de messages d’encouragements tous les jours sur ma page Facebook. Le soutien de tous ces anonymes m’a donné la force de continuer quand ça allait mal. » Parti avec l’idée de souffrir et de repousser ses limites, Joan dit avoir récolté beaucoup de choses positives au cours de son voyage très médiatisé, ce qui n’a fait qu’accentuer l’engouement ambiant. « Si j’ai fait cette course, c’est clairement pour être changé à l’arrivée. J’en ai appris sur moi-même, mais aussi sur les communautés des régions que j’ai traversées. Cette solidarité québécoise était encore plus belle à vivre en temps de pandémie. » 

 

Dans cette aventure gorgée de paysages renversants, il ne faut pas oublier le volet amoureux. Joan doit en effet une fière chandelle à sa compagne Anne [elle aussi accro à la course à pied], qui a vite pris le relais pour gérer les réseaux sociaux et l’emploi du temps de son amoureux, mais aussi pour lui trouver des hébergements en cours de route. « Elle m’a rejoint les 5 derniers jours et a couru plusieurs centaines de kilomètres à mes côtés », précise avec fierté ce père de 3 enfants, qui souligne au passage la contribution inestimable de sa moitié, « qui sera au centre de mon 2e bouquin ».

 

Crédit : Renaud Stanton-Dupré.
Accueilli par sa famille à son arrivée au sommet du mont Royal à Montréal. Crédit : Cédric Bonel.

 

Un livre pour témoigner 

 

Car il y aura un livre, à paraître le 24 mars 2021 aux Éditions de L’Homme, lesquelles avaient déjà publié son premier ouvrage, Ultra-ordinaire : journal d’un coureur (2016), où il revenait sur une année un peu folle (un mot qui lui colle à la peau), qui l’avait vu accomplir 6 ultra-marathons, dont la célèbre et redoutée Diagonale des Fous, sur l’île de la Réunion. Intitulé Ultra-ordinaire 2 : Odyssée d’un coureur, ce nouveau projet scindé en 3 parties reviendra bien sûr sur son exploit québécois. Il y abordera aussi tout ce qui s’est passé dans sa vie ces 5 dernières années, notamment la chute de motivation qui a succédé à ses excès de foulées, et comment il est parvenu à remonter la pente. 

 

L’année 2021 sera également consacrée à la préparation d’un autre défi pour Joan, qui s’est mis en tête de traverser cette fois le Canada en courant. À l’écouter, la course homérique de l’été passé a été un déclic. S’il est de coutume de dire que l’appétit vient en mangeant, on peut dire que dans son cas, la jonction Percé-Montréal n’aura fait qu’alimenter sa soif d’horizons grandioses. Avec toujours cette idée ancrée en lui : « Toujours essayer d’avancer… »

Olivier Pierson. 

 

[Lire aussi son entrevue express].

 

Au départ de Percé, avec son rocher emblématique en toile de fond.
Sur la mythique route 132, qui fait le tour de la Gaspésie.